| 22 novembre 2018
Portrait d’explorateur. À la rencontre de Quentin

Aujourd’hui nous vous présentons Quentin ! Cet explorateur, pas avare de calembours et autres jeux de mots, nous a accordé du temps pour se présenter et nous parler de sa mission.

Aujourd’hui en tant que porteur du projet Agami, entre la France, Madagascar, le Bangladesh, et l’Inde, j’apprends tous les jours et c’est ça qui me motive »

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Quentin, appellation parisienne d’origine contrôlée, planté en 1992, mûri sous le soleil (parfois timide) de l’Alentejo, de Picardie, de Minas Gerais, des Midlands et de Laponie, mais n’ayant finalement trouvé sa véritable typicité qu’au fin fond du delta du Ganges. Cépage 50% ingénieur mécanique, 50% designer industriel, 100% entre deux chaises. Anecdote assez importante pour être notée : on ne peut pas vraiment dire que le vin rosé qui porte réellement mon nom et qui se trouve lui aussi connaître un certain succès à l’export, possède pour autant de grandes qualités ; je m’efforce donc de cultiver les miennes pour faire mentir les apparences.

Une chose que tu adores et une autre que tu détestes ?

J’adore : Prêter à rire (et filer les métaphores)

Je déteste : Donner à pleurer (et le vin rosé Mateus)

Quel projet accompagnes-tu (soutiens-tu) ? Pourquoi ?

Je porte aujourd’hui le projet Agami de l’association Gold of Bengal. Ce projet consiste à réaliser le premier véhicule démonstrateur d’applications composites de la fibre de jute, ainsi qu’une expédition automobile à son bord de Madagascar jusqu’en France par la côte ouest-africaine. Il a deux principaux objectifs :

1 – Imaginé lors du retour du Jute Lab en France après 6 ans passés au Bangladesh, il a d’abord pour but d’évaluer et de comparer sur différents aspects (mécanique, écologique, économique, esthétique) plusieurs solutions composites recyclables à renforts en fibre naturelle de jute dans le contexte automobile. In fine l’objectif est de mettre en place au Bangladesh et avec les différents partenaires du projet, la première chaîne de production à l’échelle industrielle d’un ou plusieurs matériaux associant jute et plastique recyclable qui répondent aux cahiers des charges du secteur automobile local (bangladais et indien).

2 – En tant que projet low-tech à part entière, l’expédition du projet Agami a pour objectif de sourcer, de rencontrer, d’étudier, de documenter et de partager en open source, différentes « innovations low-tech » simples, ingénieuses et durables qui répondent localement au principaux défis du continent africain : pollution de l’air et des sols, pénurie d’eau, déforestation, pauvreté rurale, etc. Ces techniques et modèles innovants qui sont transposables au monde entier, constituent une inspiration pour mener nos propres transitions, et gagneraient à être plus largement diffusées. Je suis persuadé qu’ils peuvent contribuer à un modèle de développement plus résilient, et nous aider à inventer un autre avenir.

Il y a maintenant 2 ans et demi, c’est d’abord l’envie de « faire partie de la solution plutôt que du problème », et ensuite l’envie de découvrir la richesse d’un pays inconnu, qui m’ont poussé à m’engager en service civique au Jute Lab pour un an au Bangladesh. Aujourd’hui en tant que porteur du projet Agami, entre la France, Madagascar, le Bangladesh, et l’Inde, j’apprends tous les jours et c’est ça qui me motive : sur le secteur automobile, sur les matériaux à base de fibres naturelles, sur l’économie sociale et solidaire, sur le management de projet innovant, sur moi-même et sur les autres, je repousse mes limites, je me sens bien et surtout bien entouré ! J’ai l’impression de me forger une expérience théorique et terrain qui pourra je l’espère plus tard servir à d’autre.

À ton niveau, comment participes-tu à la réussite du projet ?

J’ai d’abord apporté mes compétences d’ingénieur-designer à la conception de prototypes et démonstrateurs en composite à renforts en fibre de jute. C’est ce que j’ai fait par exemple en menant à bien un projet de concours de design de mobilier proposé aux étudiants Bangladeshi de la capitale entre 2016 et 2017 ; c’est ce que je fais encore aujourd’hui en pilotant le prototypage des pièces en composite thermoplastique du véhicule démonstrateur Agami. Mais globalement, au delà de ça, je mets toute mon énergie et mon exigence au service du projet Agami (développement, recherche de fonds, gestion des partenariats, etc.). Ah oui et, au passage, en sautant avec mes collègues dans le grand bain du secteur automobile, je replonge en enfance, renouant avec ce qui m’anime depuis longtemps : auparavant le design automobile, aujourd’hui la volonté de repenser la voiture qu’on connaît, réinventer la mobilité pour la rendre plus responsable, inclusive, utile, sobre, durable, bref, low-tech !

Explorer me permet de bien prendre conscience de tout ce qui est si précieux, de comprendre ce qui ne va pas et aujourd’hui de trouver des solutions pour apporter ma pierre à l’édifice. »

Comment as-tu connu ce projet ?

Je n’avais jamais entendu parler de Gold of Bengal, du Low-tech Lab ou du Jute Lab avant de chercher un volontariat à l’étranger pour me sentir un peu plus utile qu’en tant que designer produit dans une entreprise dont je ne partageais pas les valeurs. Quand je suis tombé sur cette offre de service civique de développement d’applications innovantes et durables de la fibre de jute du Bangladesh au bénéfice de la filière locale et des communautés qui en dépendent, j’ai arrêté de chercher ! Tout le reste — les poules de Corentin, l’histoire de l’association, ses autres projets, ou encore l’écosystème dans lequel elle s’insère ici, dans le petit port de Concarneau et la grande famille d’Explore — n’a été qu’une série de très belles surprises et rencontres.

Qu’est-ce qui t’as poussé à devenir explorateur ?

Sûrement ma curiosité… Mon insatiable appétit de connaissances, mon inextinguible soif de découverte et de nouveauté. Après réflexion je réalise que j’en connais un qui « connecterait les dots ». Exploration littéraire par exemple : j’ai commencé par lire des Tintins, puis des romans de London, Stevenson, Verne, Twain, Defoe, Poe, ou encore Tolkien et j’ai fini par sonder les branches de la philosophie occidentale et orientale à la recherche de mes propres valeurs. Ou encore exploration musicale : j’ai commencé par écouter du hip hop, puis j’ai remonté l’arbre généalogique de ce genre qui « n’a rien inventé mais a tout réinventé » et découvert tous les styles qui l’ont de près de loin influencé ou inspiré, et j’ai fini par épuiser bon nombre de discographies à la recherche de trésors musicaux. Ou bien même exploration capillaire (vraiment ?) : j’ai commencé par avoir les cheveux courts et foncés, puis j’ai décidé d’être tour à tour blond, brun ou chauve, et j’ai fini par me laisser pousser les cheveux sans aucun plan bien décidé. Oui bon d’accord, on voit des signes où on veut en voir…

Plus sérieusement, je dirais que c’est cette curiosité qui fait que je n’ai jamais pu laisser passer une occasion de vivre ailleurs, autrement, de rencontrer des gens différents, à la recherche de relations vraies, de diversité, de richesse et d’enrichissement. Explorer me permet de bien prendre conscience de tout ce qui est si précieux, de comprendre ce qui ne va pas et aujourd’hui de trouver des solutions pour apporter ma pierre à l’édifice.

Un petit mot pour celles et ceux qui souhaiteraient comme toi sauter le cap et rejoindre l’équipage ?

Je crois sincèrement que dans toute situation, la meilleure chose à faire c’est la bonne. La seconde meilleure chose à faire c’est la mauvaise. Mais la pire chose à faire c’est de ne rien faire. On n’a pas tant à perdre, tout est une question de relativité, ce n’est pas moi qui le dis c’est ce cher Albert Einstein : « il n’y a que deux façons de vivre sa vie. L’une en faisant comme si rien n’était un miracle. L’autre en faisant comme si tout était un miracle.” Donc l’exploration peut commencer dès demain, ensuite il faut se laisser porter par ses découvertes, ne pas laisser passer sa chance, et ne pas oublier de vivre !

 

La question habituelle de fin d’interview, un homme une femme qui t’inspire ? Pourquoi ?

Christopher Johnson McCandless / Alexander Supertramp. Chaque jour j’ai l’impression de remonter sa piste, de marcher sur ses pas, de redécouvrir ce qu’il avait découvert avant de mourir en 1992 (année de ma naissance, encore un signe ?) : l’importance de cultiver une certaine innocence candide, une certaine sensibilité, de pouvoir s’extasier des petites choses, d’une certaine empathie, de pouvoir relativiser dans n’importe quelles conditions ; la nécessité de revenir à la nature, d’être responsable et autonome mais d’aller au bout de ses limites pour les connaître, de ne jamais abandonner mais de se préparer, d’apprendre à bien se servir de sa tête et de ses mains pour pouvoir affronter la dure réalité et combattre toute injustice ; la passion pour des auteurs comme Thoreau, London, Dostoïevski ou Pasternac, pour l’anthropologie, pour les relations honnêtes et pures… Et bien sûr, la beauté de la nature, la recherche de la vérité, le partage du bonheur.

À propos de l'auteur
Robin Vannier