| 15 septembre 2020
La vallée des fous ou l’alchimie de l’exploration

Un demi-siècle déjà. Tabarly a remporté la Transat anglaise en 1964 et provoqué un grand élan populaire vers le nautisme. Quelques années plus tard, une base nautique sort de terre, ou plutôt d’une plage au fond d’une baie du sud Finistère.  A l’origine de l’initiative, un professeur du lycée le Likès de Quimper : Laurent Le Noach. Dans cette base, les futurs grands noms de la course au large vont user leur bas de combinaison et leurs hauts de cirés… Une histoire qui imprègne la base Explore où se retrouvent aujourd’hui les nouveaux explorateurs pour ouvrir les voies du monde de demain.

Le hangar des possibles

 

Juste derrière la plage du Cap Coz, les dériveurs, kayaks et premières planches à voile trouvent abri. 800m carrés pour bricoler, réparer, jouer aux Mac Gyver. Mais aussi théoriser la navigation et faire la fête à Ty Galenne, le fameux bar du hangar. Les locaux de l’étape sont les Le Goff, les Poupon, Roland Jourdain ou encore Jean-Luc Nélias… Même les inventeurs du kite-surf, les frères Legaignoux sont de la partie. Les générations se croisent évidemment sur l’eau, mais aussi dans l’atelier pour réparer et améliorer les bateaux. L’hiver ça continue pendant les régates d’hiver de Concarneau avec Hubert et Michel Desjoyaux et Jean Le Cam; puis en soirée au bar de la SRC. Une émulation unique qui leur permet de dessiner un métier qui n’existe pas : coureur au large. 

 

Un pôle pour une vallée des fous

 

Années 90, les sponsors arrivent, les courses se structurent, les premiers vrais salaires de coureurs du large tombent.  Comme le dit Bilou à  l’AG2R 1996 : « On était un peu les clochards de la mer. On voulait en finir avec le voileux toujours en vacances et qui prend son sac pour partir en course. Maintenant, nous existons socialement, même si faire des études de bateau ça tue un peu le rêve. »* Car les ados du Cap-Coz ont grandi. De plus en plus studieux ils ont poussé à la création du pôle Finistère Course au Large en 1993. D’autres comme Hubert Desjoyaux ont poussé les murs des chantiers pour créer CDK et accompagner la montée en gamme technologique des coursiers.

Hommage à Laurent

 

Des rêves de large transformés en métiers et en filières économiques. La course au large doit finalement beaucoup à ce professeur du Likès qui voulait permettre en 68 aux jeunes de naviguer. A 89 ans, Laurent Le Noac’h est parti pour la longue route en mai dernier.  Alors oui, quand on se replonge dans son histoire et celle du Cap-Coz, des ces fous rêveurs devenus entrepreneurs, on regarde différemment nos nouveaux explorateurs. L’histoire de la Vallée des Fous est faite d’embruns, de hangars, de bricolages, de rencontres et de soirées festives. Celle d’Explore prend peut-être le même chemin. Et l’on rêve que nos fous-explorateurs dessinent les métiers de demain. Merci Laurent d’avoir ouvert le chemin.

À propos de l'auteur
Charlotte Genest